Le « Fashion Pact » pour une industrie textile plus verte ?

Les 22 et 23 Aout dernier s’est tenu à Biarritz le G7. Il s’agit d’un sommet qui se tient tous les ans et qui réunit les dirigeants des 7 plus grandes puissances mondiales pour parler des enjeux importants de notre monde tels que la sécurité, l’éducation, la santé, la lutte contre les inégalités ou encore l’environnement et les changements climatiques.

Cette année, eu égard à l’actualité forte en matière d’environnement, en plus des 7 grandes nations (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni), un collectif de 32 entreprises de l’industrie de la mode et du luxe a rejoint le G7. Leur présence avait pour but la présentation du fameux « Fashion Pact » signé quelques jours plus tôt et dont l’objectif est de réduire considérablement l’impact de l’industrie textile sur le réchauffement climatique.

Bien évidemment, cet accord n’a pas vu le jour par hasard. Il est le résultat d’un bilan climatique accablant, d’une prise de conscience croissante des consommateurs mais surtout d’une initiative politique. Grâce à ce pacte, l’industrie textile se fixe une mission concrète et ne reste plus silencieuse face aux problématiques environnementales. Mais même si il part d’une excellente intention, la substance de ce « Fashion Pact » laisse les ONG perplexe sur les objectifs fixés et les possibilités de changement.

A. La deuxième industrie la plus polluante de la planète.

A elle seule, l’industrie textile est responsable de :

  • 10% des émissions de carbone
  • 20% des rejets d’eaux usées
  • 22% des pesticides utilisés dans le monde
  • 35% des rejets de micro-plastiques dans les océans

A ce titre l’industrie textile est donc la 2ème industrie la plus polluante après l’industrie pétrolière et la 2ème industrie la plus consommatrice d’eau après l’agriculture. Elle est d’ailleurs considérée comme ayant un impact sur l’environnement plus important que le traffic aérien et maritime réunis.

Il est également rappelé dans les propos introductifs du Fashion pact que « la majorité des impacts sur la biodiversité, le changement climatique et les océans se situent au niveau de l’extraction et dans les premières étapes de transformation des matières premières et ressources naturelles ».

Face à ce constat dont les consommateurs commencent à prendre conscience, il devient urgent que les acteurs de cette industrie s’engagent plus, qu’ils mettent en place des moyens et des process moins coûteux pour notre chère planète. Bien évidemment, certaines enseignes ont déjà commencé à prendre des engagements en ce sens mais ce n’est pas suffisant pour enrayer la machine, un mouvement global est nécessaire.

B. Environnement et Contenu du « Fashion Pact »

Les simples actions individuelles étant trop hasardeuses et peu concluantes une coalition public-privée s’imposait. L’idée étant de « développer à grande échelle des solutions nouvelles et de rediriger massivement les flux d’investissements vers des projets à faibles émissions de carbone, faibles impacts sur la biodiversité et au développement résilient ». Mais pour que cette coalition atteigne son objectif elle doit rassembler au moins 20% du secteur mondial du textile et de la mode en volume de production et les marques représentatives de l’ensemble des segments de marché. Le challenge est de taille !

C’est au Danemark, lors du Fashion Summit de Copenhague, que le chef de l’Etat Emmanuel Macron s’est rapproché de M. François-Henri Pinault, président du groupe de luxe Kering. À cette occasion, il lui a demandé de participer à la création d’une coalition responsable pour le textile. Ce dernier accepte et réunit donc 150 marques issues de 32 groupes différents. On peut nommer notamment le groupe Kering, Chanel, Hermes, Mickael Kors, Jimmy Choo mais aussi Gap, H&M, Zara, Carrefour, Nike, Puma, Adidas…. Ensemble ils ont signés le 23 Août 2019 un accord dans lequel ils prennent des engagements concrets pour le climat, la biodiversité et la préservation des océans.

Parmi les engagements de cet accord, qualifié par le texte d’acte fondateur, on retrouve notamment :

Pour le volet Climat : atteindre zéro émission nette de CO2 en 2050. Certaines actions en ce sens sont suggérées comme :

  • intégrer les Science Based Target (c’est un regroupement de méthodologies qui ont pour principe d’identifier le budget carbone restant pour ne pas dépasser les la limite des 2°C),
  • compenser les émissions via un programme vérifiable comme REDD+,
  • s’approvisionner en matières premières durables,
  • implanter 100% d’énergies renouvelables dans le process industriel d’ici 2030.

Pour le volet Biodiversité : répondre aux critères des Science Based Targets sur la biodiversité. Notamment en prenant une ou plusieurs des actions suivantes :

  • opter pour une approche régénérative de l’agriculture pour restaurer les sols,
  • supprimer les approvisionnements provenant de fermes pratiquant l’élevage intensif,
  • encourager le développement de matériaux et process sans impacts sur les espèces clés et les écosystèmes,
  • s’assurer de ne pas contribuer à la déforestation,
  • soutenir les actions qui restaurent l’écosystème naturel et la protection des espèces clés.

Pour le volet Océan : réduire les impacts négatifs de l’activité sur les océans en prenant une ou plusieurs des actions suivantes :

  • éliminer les plastiques à usage unique d’ici 2030,
  • promouvoir les productions agricoles qui ne polluent pas chimiquement les océans et les rivières,
  • soutenir l’innovation pour éliminer la pollution par les microfibres venant du lavage des matières synthétiques,
  • éduquer les consommateurs sur l’entretien des vêtements, soutenir l’innovation et les mesures antipollutions afin de protéger les rivières et les océans,
  • soutenir une meilleure gestion et un meilleur contrôle du relargage des granulés plastiques (qui sont à l’origine des fibres textiles et des emballages).

En marge de ces engagements le « Fashion Pact » met l’accent sur la nécessité et l’intérêt de mettre en place des collaborations entre acteurs du secteur mais aussi avec d’autres secteurs d’activités ou encore avec des ONG, des experts …. Ce afin de pousser encore plus loin les effets de cette coalition. En effet l’exécutif voit en ce texte plus qu’une simple coalition. Le secteur de la mode avec ses 1500 Milliards d’euros de chiffre d’affaires est l’un des secteurs les plus dynamiques au monde. Ainsi ce secteur pourrait jouer un rôle de moteur pour entraîner les autres secteurs dans une démarche plus positive pour l’environnement.

Pour finir, le Fashion Pact évoque également l’importance de mettre en place des économies circulaires (recyclage / up cycling ), d’éduquer et de sensibiliser les consommateurs … autant d’actions simples qui permettront d’accélérer la transition.

C. Critiques et point de vue des ONG

Même si il part d’une bonne intention, on peut tout de même apporter quelques critiques à ce Fashion Pact que ce soit sur sa forme ou sur son contenu. Les ONG sont d’ailleurs très mitigés sur l’effet d’un tel pacte. Et ce pour diverses raisons.

Tout d’abord les ONG n’ont pas été consultées à aucune étape de réalisations du texte et elles n’étaient pas présentent au G7 lors de la présentation officielle. Exclure les ONG de cette question est assez dangereux car elles collectent chaque jour dans leur combat des tonnes de données et d’expériences sur des sujets parfois difficiles à appréhender. Et de manière plus générales les ONG sont les institutions qui oeuvrent au quotidien pour le respect des droits, des espèces et des hommes. Elles poursuivent une mission qui est presque d’intérêt général. A ce titre leur légitimité était toute entière dans l’élaboration de ce texte.

La deuxième critique que l’on pourrait apporter vient du fait que certains groupes influents comme le groupe LVMH sont absents de cet accord. Or nous savons qu’une transition ne peut intervenir qui si tous les acteurs vont dans le même sens.

Par ailleurs Clément Sénéchal, porte parole politique climatique de Greenpeace, expliquait à France 24 que, le fashion pact est « un projet flou sans lisibilité ni redevabilité ». En effet le pacte ne pose qu’un cadre général et n’indique que 3 grands objectifs à long terme. Pour la réalisation de ces objectifs chaque marque est libre de choisir sa stratégie et aucune sanction n’est prévue en cas de non respect. Il s’agit donc d’un texte non contraignant et qui n’a aucune valeur législative. Quid de l’efficacité de ces textes dénués de valeur législative ? On se souvient notamment que, lors de la COP 24 en Pologne, 43 entreprises s’étaient engagées à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 30% d’ici 2030. Qu’en est il advenu ?

Pierre Canet, codirecteur des programmes de WWF France, s’est également prononcé à l’AFP sur cet accord « S’il s’agit de vendre toujours plus en mettant des énergies renouvelables, ça ne suffira pas. Il faut revoir le modèle, réduire la production, faire des vêtements utilisables plus longtemps, qui n’émettent plus de mircroplastiques quand on les lave ». Et on comprend aisément ce qu’il veut dire, comment peut on d’un côté proposer 52 collections par an, promouvoir la fast fashion, et de l’autre côté prétendre produire de manière totalement responsable. Les scientifiques sont très clairs sur le sujet, il nous faut aujourd’hui consommer moins et mieux. Alors il est indispensable que les efforts de ces groupes intègrent un mouvement global de baisse de la consommation et de la production.

Enfin la dernière critique provient de Thomas Ebélé, cofondateur de la plateforme de mode éco-responsable SLOWEARE. Il expliquait à France 24 que « le projet est très orienté vers le climat, alors qu’il est également indispensable de considérer l’humain. On aimerait qu’il y ait une identification claire et obligatoire de la composition des vêtements, mais aussi que la transparence soit faite autour des conditions de travail et de rémunération de la main oeuvre ».

Conclusion

Il n’en reste pas moins que, même si cet accord, dénué de toute contrainte, peut être critiquable sur pas mal d’aspects. Il s’agit là de la première pierre officielle que pose l’industrie textile dans la lutte contre le réchauffement climatique. Et même si les objectifs annoncés paraissent difficilement abordables, il faut garder en mémoire que l’ambition fait avancer l’homme et que chaque maigre pas et un poids en moins pour notre planète.

Les sources et liens documentaires

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